L'invention du modèle numérique intégral :

les premiers relevés

 

Guy Perazio, à nouveau missionné, fit le relevé, et le résultat fut au-delà de nos espérances : un dessin complet, sublime, des sols, avec le report de leur nature : roche, argile, calcite, s'étalait sur des plans de plusieurs mètres de long, avec l'indication de la localisation des principales représentations pariétales, des objets géologiques remarquables et des plus beaux vestiges paléontologiques. Il avait passé des semaines dans la grotte, signant tous les matins notre protocole, à l'entrée du sas, tout neuf, que nous avions fait construire, et dont Gilbert avait supervisé la mise en place.

 

L'idée du modèle numérique intégral s'est imposée petit à petit. Encore une fois, ce fut pure affaire de logique. La voici :

 

Les salles restituées étaient nettement plus petites que l'original et nous ne pouvions réduire l'échelle des représentations, quelles qu'elle soient (qu'elles appartiennent à la préhistoire, la paléontologie ou à la géologie). La seule solution était de sélectionner les morceaux significatifs, et de les recoller dans un volume plus petit. C'est ce que j'ai appelé "l'effet tortue" : on isole des "écailles" (le terme est toujours en vigueur) importantes appartenant aux 3 groupes, et on reconstitue une tortue plus petite que la vraie, avec moins d'écailles. Puis on ressoude les écailles entre elles.

 

Quiconque a vu des photos de la grotte se rend compte immédiatement de la complexité d'une telle tâche : les reliefs de la grotte Chauvet n'ont rien à envier aux fractals : ce sont des fractals. Impossible de schématiser et de typer les surfaces, impossible de construire ne serait-ce qu'un modèle simpliste. Étrange constat pour un ingénieur que celui de l'impossibilité de simplifier une démarche. Je me souviens encore du jour où j'ai pensé cela. La seule solution était de travailler avec la réalité, dans toute sa complexité.

 

Pour cela il fallait relever l'intégralité de la grotte. 40 000 m2 déployés ! 400 millions de points ! Puis la triangulation qui permet de passer à une surface en liant les points par triplet, puis son texturage pour éliminer les prismes ainsi formés, puis le report de photographies numériques prises avec le plus grand soin dans la grotte, de manière à pouvoir être référencées au relevé. Le tout en réseau NGF. A l'époque, aucun relevé numérique de grotte n'avait jamais été envisagé. Celui de Lascaux s'est fait des années plus tard, à la suite du dommage subi par cette grotte, selon la procédure mise au point pour Chauvet. Pour comparaison : Lascaux c'est quelques centaines de m2 au sol, Chauvet, c'était 8500 m2 au sol !

 

Guy Perazio s'est équipé, a développé toute la chaîne de logiciels nécessaire, et passé des jours et des nuits dans la grotte.

 

Pour mieux nous connaître :